Ecarté
L’attitude de ce maître nous surprend, et pas qu’un peu, lorsqu’après avoir planté une vigne avec grand soin, « il la donne en location à des paysans et s’en va très loin » (Mt 21, 33). Ce geste d’éloignement souligne de façon importante combien ce maître est animé par des sentiments de confiance : son coeur a confiance dans les ressources du « terrain » qu’il a acheté et transformé en vignoble, de même qu’il a une grande confiance en ces « paysans » (21, 34) dont il attend une simple fidélité au contrat convenu. Le comportement des paysans met en évidence leur différence fondamentale au comportement du maître. Alors que le maître s’en va « au loin », confiant et rassuré, les paysans profitent de cet éloignement pour abuser et céder à l’injustice. A ce stade, la question résonne dans toute sa gravité : « Quand le maître de la vigne reviendra, que fera-t-il à ces paysans ? » (21, 40). La réponse de la part des auditeurs est immédiate et cruelle : « il les fera mourir misérablement et louera la vigne à d’autres paysans qui la feront fructifier en son temps » 21,41).
Le commentaire du Seigneur Jésus à cette réponse, comme toujours claire et nette, des « chefs des prêtres » et des « anciens du peuple », cite les Ecritures et ouvre naturellement une façon différente de réagir au mal et à l’abus. « La pierre que les bâtisseurs ont écartée est devenue la pierre d’angle ; cela a été fait par le Seigneur et c’est une merveille à nos yeux » (21, 42). En réalité, cette citation est une interrogation : « N’avez-vous jamais lu les Ecritures ? ». La parole de Dieu de ce dimanche nous demande d’apprendre à lire un peu plus et un peu mieux les Ecritures pour comprendre et assumer le comportement de Dieu lui-même qui accepte d’être, non seulement « loin », mais, en plus, d’être « écarté » de notre vie, sans la moindre logique d’un soin et d’une bienveillance en profondeur. Les paroles poignantes de Paul commentent bien le drame raconté par l’évangile de ce jour : « Les choses que vous avez apprises, reçues, écoutées et vues en moi, mettez-les en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous ! » (Phi 4, 9).
Le prophète Isaïe se fait l’interprète des sentiments du Très-Haut face à notre humanité alors terriblement sourde aux appels et aux signes de l’amour : « Il s’attendait à la justice et voilà que s’écoule le sang, il attendait la rectitude et voilà le cri des opprimés » (Is 5, 7).






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