Ouvrir et fermer

XXI Dimanche du T.O.

Il est demandé à Simon Pierre d’accepter d’être placé aux fondations de la vie de l’Église et cela parce que la compréhension du mystère du Christ reçu en don n’est certainement pas un privilège, mais un service pour tous les frères : «  Bienheureux es-tu Simon, fils de Jean car, ni la chair, ni le sang te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16, 17). L’apôtre Paul, dans la seconde lecture, nous le rappelle avec une grande intensité : «  Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et de la connaissance de Dieu » (Rm 11, 33). Et pourtant, l’on n’oublie pas que la pierre de fondation qu’est la foi reçue en don à Pierre, se fonde sur la roche unique qui est le Christ Seigneur. Et c’est le Seigneur Jésus qui se hâte de nous rappeler combien dure et résistante est la pierre de scandale qu’est le mystère pascal contre lequel  butent toutes nos illusions et nos superficialités, jusqu’à rendre nécessaire la dernière recommandation de l’évangile de ce dimanche : «  Alors, il ordonna à ses disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ » (Mt 16, 20). La vérité sur le Seigneur Jésus n’est pas une nouvelle à divulguer, mais une réalité à témoigner après l’avoir incarnée dans notre vie, jusqu’à la souffrir dans notre peau.

 A Simon Pierre qui devine, par une écoute profonde, la vérité de l’identité de Jésus avec qui il partage désormais depuis longtemps sa vie, le Seigneur Jésus demande – comme aux disciples de tous les temps – un pas supplémentaire qui est celui d’une grande et active responsabilité pour devenir des témoins crédibles dans le mystère deviné : «  A toi, je donnerai les clés du règne des cieux : tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » ( 16, 19). Cette parole n’est pas un privilège, mais une investiture comme celle dont on parle dramatiquement dans la première lecture. Tout d’abord, en effet, l’on dit durement a Sebna : «  Je t’enlèverai la charge et te changerai de place » (Is 22, 19). De Eliakim, reconnu comme «  serviteur » du Seigneur, l’on dit : «  Il sera un père pour les habitants de Jérusalem… » tellement que «  s’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne ne pourra ouvrir » (22, 21-22).

 Ouvrir et fermer est le rôle de Simon Pierre, celui de la conscience du croyant : ouvrir est fermer…fermer est ouvrir ! Ce qui a été confié à Simon Pierre comme devoir particulier au service de tous et pour la joie de tous, est la mission de tout disciple appelé à faire de sa propre vie une porte à travers laquelle notre réalité humaine peut communiquer jusqu’à se laisser inonder intimement de la vie même de Dieu. Gare à nous, si, au contraire d’être une porte ouverte, nous transformions notre mystère de disciples non pas en un ministère qui ouvre, mais plutôt en une sorte de frontière à traverser difficilement. La tentation à laquelle nous devons continuellement résister est d’oublier la sublimité du mystère de Dieu qui nous est confiée, mais dont nous ne sommes pas les maîtres, comme nous le rappelle l’apôtre Paul quand il s’exclame : «  Combien insondables sont ses jugements et inaccessibles ses voies » (Rm 11, 33).

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