Sur le seuil !
Le Seigneur Jésus s’adresse à nous en tant que disciples et, en même temps, il s’adresse à chacun de nous comme à ceux qui sont appelés à accueillir et à reconnaître ses disciples. La première lecture nous aide à comprendre que nous sommes appelés à ouvrir notre coeur et notre vie aux signes par lesquels le Seigneur nous visite. La femme de Sunem n’a aucun doute : « Je sais que c’est un homme de Dieu, un saint, celui qui passe toujours chez nous » (2 R 4, 9). Nous pourrions nous demander comment l’on fait pour reconnaître un « homme de Dieu » et comment savoir avec certitude intérieure que l’on a à faire à un « saint » ? La parole de Dieu nous oblige à un sérieux examen de conscience face à notre attitude à chercher et à reconnaître les signes et les personnes qui peuvent nous aider, par leur seule présence, « à avancer dans une vie nouvelle » (Rm 6, 4) …nous en avons besoin ! Cette femme de Sunem est une très belle icône de toute personne capable de ne pas se replier sur elle-même, mais de rester attentive à de nouveaux passages significatifs possibles. Le prophète Elisée est l’homme de Dieu par excellence et cela parce qu’il sait accepter les soins et la bonté de cette femme, restant dans une profonde discrétion qui est absolument réciproque. Elisée devra, en fait, apprendre par son disciple que « malheureusement, elle n’a pas et fils et son mari est âgé » (2R 5, 14) et la femme de Sunem, pourtant expressément appelée par le prophète à travers son disciple, « s’arrêta sur le seuil » (2R 4, 15) : immense attention née de la discrétion !
Le plus grand don que la femme de Sunem peut faire au prophète est de préparer pour lui « une petite chambre au premier étage » (2R 4, 10 – Mc 14, 15) où l’accueil ne dérange pas sa solitude et l’exquise sensibilité humaine ne mélange pas les étages, mais les tient, clairement et utilement – distincts -. L’invitation du Seigneur n’est-elle pas semblable ? Il dit, en effet : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37) dans le sens précis que la plus grande mésaventure qui puisse arriver est justement celle de mélanger les plans et par conséquent – alors- de les inverser en oubliant que ce n’est pas le degré de souffrance qui fait le martyre mais bien la « cause » (Mt 10,39). La « croix » (Mt 10, 38) – et chacun a la « sienne » – impossible de la céder ou de la charger sur les épaules de qui que ce soit – c’est alors un travail très coûteux d’orientation et de mise en ordre des étages de notre vie car chacun a sa juste place et chaque aspect a la considération la plus adaptée, mais aussi la plus claire. Savoir reconnaître et distinguer le « juste », le « prophète, les « petits » (Mt 10, 42) et le disciple.
Savoir donner le juste poids au père, à la mère, au fils, à la fille…en rangeant et proportionnant tous ces éléments fondamentaux de notre vie affective autour de l’axe d’orientation de la croix. La croix comme valeur de ce qui rend la vie digne du Christ et de son évangile : mourir au propre besoin d’être aimé pour le transfigurer en désir d’aimer à travers la rupture instauratrice d’une façon absolument nouvelle de rapports avec le monde : « celui qui aura perdu sa vie à cause de moi, la trouvera » (Mt 10, 49). Seul ce nouvel ordre de valeurs et de priorité – la perte – garantie que « si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui » (Rm 6, 8). Seule cette mort à notre attente sur l’amour, pourra nous ouvrir à une fécondité inespérée : « l’année prochaine, en cette même saison, tu tiendras un fils dans tes bras » (2R 4, 16). Avec cette parole de promesse et d’espérance, le prophète est en tout semblable au Seigneur (Gn 18, 10) car en totale conformité à son coeur infiniment attentif au désir et au besoin de l’autre.






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