Attente
La parole de l’apôtre Paul nous conduit au coeur du mystère du monde qui, à travers le temps et, d’une certaine façon, d’une manière si semblable à ces différents types de terrains dont nous parle le Seigneur Jésus dans l’une de ses paraboles ? Oui, au coeur du monde et dans le coeur de chacun de nous il y a « l’ardente attente de la création » qui est « extension vers la révélation des fils de Dieu « Rm 8, 19). En réalité, ce que nous attendons, en communion de souffrance avec toute la création, n’est que le reflet d’une attente encore plus ardent que la nôtre, celle de Dieu lui-même qui se cache derrière le personnage d’un simple et prodigue « semeur » (Mt 13, 3). Ce que nous pouvons admirer en ce semeur est sa confiance qui lui demande d’éparpiller la semence tout en sachant qu’il n’y a rien à espérer si l’on n’est pas capable de risquer beaucoup. En plus, la semence tombée sur la route pourra servir de nourriture aux oiseaux, de même que celle étouffée par les ronces. En réalité, en pourrissant, le terrain encombré de détritus deviendra terreau qui, en profondeur, pourra accueilli jusqu’à nourrir et faire grandir les graines qui tomberont demain ou après-demain.
La double prophétie d’Isaïe est confirmée dans le coeur du Seigneur Jésus. Celle que nous trouvons dans la première lecture selon laquelle la « parole sortie de ma bouche : ne reviendra pas vers moi sans effet, sans avoir opéré ce que je désire et sans avoir accompli ce pour quoi je l’ai envoyée » (Is 55,11). Mais elle s’accomplit encore plus profondément dans les paroles et les gestes du Seigneur Jésus, la prophétie qu’il citera répondant à la question un peu embarrassante de ses disciples : « Car le coeur de ce peuple est devenu insensible, ils sont devenus durs d’oreilles et ont fermé les yeux car ils ne voient plus avec les yeux, n’entendent plus avec les oreilles et ne comprennent plus avec le coeur » (Mt13, 15). Devant un cadre aussi sombre qui semble révoquer et résumer les différents types de terrains inhospitaliers, la conclusion du prophète qui rejoint la conclusion du Seigneur Jésus, est étonnamment claire et aussi profondément réconfortante : « et ils ne se convertirent pas et je les guéris ».
A partir de cette citation évoquée par le Maître lui-même nous pouvons même penser que la chose qui tient le plus à coeur au Seigneur Jésus n’est pas le niveau de fécondité du terrain de notre coeur, mais la possibilité qu’il puisse être travaillé et conçu pour être prêt à accueillir et faire fructifier la semence au temps voulu. Quand le Seigneur termine son explication, il dit que le grain « semé sur le bon terrain est celui qui écoute la Parole et la comprend » (13, 23). Il ne craint pas non plus de mettre les disciples qui l’écoutent face à leur responsabilité que l’intimité avec le Seigneur suppose : « Mais, heureux vos yeux car ils voient et vos oreilles car elles entendent » (13, 16). Nous pouvons en déduire que la grande attente de toute notre vie consiste vraiment en un chemin lent et décidé de sensibilisation qui rende notre coeur toujours plus conscient. Pour tout ce qui en nous est encore marqué par l’insensibilité, il y a l’espérance que la divine patience et la largesse du semeur de vie nous « guérisse » petit à petit (13, 15). Nous pourrions même dire que ce que le Seigneur attend de nous comme fruit, est la guérison de notre insensibilité.






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