Hypothese
L’exhortation de Paul, qui tombe comme par hasard à la suite des lectures de ce dimanche, est d’une grande aide pour comprendre, non seulement les paroles du Seigneur Jésus que nous trouvons dans l’Evangile, mais aussi celles du prophète Ezéchiel qui en préparent la compréhension profonde et généreuse : « par tout ce qu’il peut y avoir de sentiments d’amour et de compassion, mettez le comble à ma joie , ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment » (Phi 2, 1-2). L’invitation à être unanimes revient ainsi souvent dans les exhortations de l’apôtre, malgré tout enraciné dans besoin illimité du coeur de chacun qui trouve, aujourd’hui, par la révélation de la Parole, son fondement le plus profond. Il s’agit du fondement le plus véritable sans lequel tout effort, même sincère et passionné, risque de tomber dans le vide. Il est nécessaire, pour cela, de retrouver l’unité de son propre coeur, la réconciliation de ses désirs, la mémoire de son propre combat intérieur vers la paix et la vérité qui nous rend vraiment frères et sœurs de tous et amis de nous-mêmes.
Le Seigneur Jésus pose une question aux chefs des prêtres et aux anciens du peuple, et, sous ce symbole, il s’adresse à ce qui, en nous, risque d’être cérébral, directif, préjudiciable. De cette manière, il nous demande de descendre de la supériorité de nos super-idéaux pour partir à l’ascension du réel de ce que nous sommes qui nous ouvre à l’accueil serein et plein de « compassion » (Phi2,1) pour la difficulté vers la recherche de nos frères. Paul nous pousse à assumer rien de moins que « les mêmes sentiments que le Christ Jésus » (2, 5) et il nous dévoile que l’unique façon de le faire n’est pas de suivre un idéal très haut et éthéré, bien qu’admirable, mais de se vider de toute prétention de soi. Cela est l’unique chemin pour se libérer de toute prétention sur les autres pour connaître l’unique « privilège » (2,6) reçu du Maître que nous voudrions faire nôtre : ressembler tellement au Père des cieux pour être reconnus comme ses fils et appelés pour cela par tous par le nom et la réalité de frères.
Le premier pas, celui sans lequel rien de tout cela ne serait possible, est indubitablement l’accueil de cette lutte intérieure qui nous accompagne pour accueillir existentiellement et factuellement « la volonté du père » (Mt 21,31). Cette volonté peut se résumer en ces quelques mots, qui deviennent un défi : devenir, se sentir et se comporter en frères. Pour être ainsi, il faut reconnaître porter en nous une passion qui souvent devient une lutte et une contradiction qui n’est pas capable de nous séparer du projet de Dieu, qui n’exclut personne…pas même « les publicains et les prostituées ». A notre façon d’imaginer la réalité comme tendance à la négativité, le Seigneur propose une manière différence d’être compagnons de route : « Et, si le méchant se repent de la méchanceté qu’il a commise et accomplit ce qui est droit et juste, il se fait vivre » (Ez 18,27). Ce qui fait vivre est l’hypothèse qu’un changement ou une amélioration soit possible – toujours et malgré tout -. Alors que le « chef » et le « prêtre » – qui sont en nous – risquent d’imaginer toujours le pire. Au contraire, le Père qui nous aime et nous accompagne, est toujours capable de mettre au point l’hypothèse du meilleur, nous demandant d’assumer ses propres « sentiments » » et de faire nôtre son hypothèse sur l’humanité en y attendant donc le meilleur.






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