Feu
L’une des soit-disant « confessions de Jérémie » nous prépare à écouter ce
qui arrive comme conséquence de la « confession de Pierre » dont nous avons parlé dans l’évangile
de dimanche dernier. Jérémie, comme tout disciple, est en lutte avec lui-même et vit un combat au
plus profond de son coeur où il est continuellement poussé et tiré en arrière en avançant avec
fidélité à l’appel reçu : « Mais, dans mon coeur, il y avait comme un feu ardent, contenu dans mes
os ; je m’efforçais de le contenir, mais je n’y arrivais pas » ( Jr 20, 9). De ce même feu peut-être
encore plus ardent, brûle le coeur du Seigneur Jésus quand il prend position face aux « bons
conseils » que Simon Pierre cherche à divulguer amoureusement avec soin devant son Maître, avec
sans doute une bonne dose de préoccupation pour sa propre sécurité. Les paroles sont enflammées :
« Arrière, Satan ! ». La motivation de cette parole dure exige une profonde attention : « Tu es pour
moi scandale, car tu ne penses pas selon Dieu, mais selon les hommes » (Mt 16, 2.).
L’apôtre Paul se fait interprète de la parole du Seigneur Jésus et en décline, avec plus de clarté, les
conséquences pour la vie du disciple : « je vous exhorte, pour la miséricorde de Dieu, à offrir vos
corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu » et il ajoute « c’est cela votre culte spirituel »
(Rm 12,1). Le culte spirituel dont fait référence l’apôtre Paul est un culte qui doit continuellement
passer à travers le creuset purifiant d’un travail existentiel qui rend la vie de chaque jour « selon
Dieu ». Alors que Simon Pierre se montre préoccupé pour le sort du Seigneur Jésus, celui-ci semble
plus préoccupé par la future réaction des disciples face au mystère de la suite, face au mystère de la
vie et, pour cela, il ne parle pas de sa croix qui déjà se profile à l’horizon, mais de celle dont chacun
de nous est appelé à se mesurer : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix et me suive » (Mt 16, 24).
Pour le Seigneur Jésus il ne s’agit jamais d’« une » croix quelconque, et, surtout, personne ne peut
jamais porter la croix d’un autre, comme personne ne peut abriter dans le coeur le feu d’une passion
et d’un amour qui ne lui appartiennent pas. En tant que disciples, nous sommes appelés, aujourd’hui
à poser le regard sur le mystère du Christ et de re-choisir, encore une fois, d’entrer et de rester dans
une logique de perte qui, est certainement scandale pour nous comme pour tous ceux qui entrent en
contact avec notre vie : « Car, qui veut sauver sa propre vie, la perdra ; mais, qui perdra sa propre
vie à cause de moi, la trouvera » (16, 25). Seul un feu qui brûle dans le coeur pourra nous donner la
force, comme à Jérémie et comme à Jésus, de ne jamais éteindre en nous la passion d’une recherche
pour laquelle nous serons disposés à tout perdre et même à nous perdre nous-mêmes.






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