Sortir
Aujourd’hui, la Parole de Dieu prend soin de nos relations blessées afin qu’elles puissent devenir des relations approfondies même quand, pour différentes raisons, elles ne peuvent être des relations réussies. La première chose que le Seigneur nous demande d’accomplir dans la relation fraternelle est de faire le premier pas sans attendre que l’autre s’en avise et se ravise. Il s’agit d’accepter, comme le père de la parabole de Luc, de parcourir toujours le dernier tracé de la route qui nous sépare de l’autre pour ne pas lui faire honte et pour qu’il ne se sente pas trop et inutilement humilié : Si ton frère commet une faute contre toi, va le trouver et reprends-le seul à seul » et il ajoute « s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère » (Mt 18, 15). Il faut renoncer à attendre l’autre, à l’écart, en attendant qu’il fasse un faux pas à partir duquel l’on pourrait, enfin et finalement régler les comptes. Le Seigneur Jésus demande à ses disciples d’être capables – toujours et même lorsque l’on subit un tort – de sortir de son propre espace pour oser entrer dans l’espace de l’autre, risquant ainsi de découvrir que l’autre aussi a quelque chose à me dire et que moi aussi j’ai commis une « faute contre » mon frère qui exige d’être soignée et guérie.
La relation blessée peut devenir l’occasion de grandir dans une relation approfondie et peut même étonner et surprendre par des possibilités de se rencontrer et de s’aimer de différentes manières. L’apôtre Paul ne laisse aucune échappatoire à de quelconques excuses : « ne soyez débiteurs de rien à personne, si ce n’est de l’amour réciproque ». La motivation semble être, non seulement fondamentale, mais surtout absolue : « car celui qui aime l’autre a accompli la Loi » ( Rm 13, 8). Le devoir d’aimer toujours et partout ne s’entend pas simplement comme un acte religieux pieux et dévot, c’est au contraire, l’ouverture à accueillir et à cultiver la façon d’être adultes en tant qu’individus et comme croyants. En effet, c’est justement la capacité d’aller vers l’autre, même quand nous avons l’impression que l’autre est contre nous, qui nous permet de découvrir alors que le frère marche simplement à côté de nous, même s’il le fait d’une façon différente, qui lui est propre. Ce chemin qui se réalise et révèle son être, particulier et unique, s’il est accueilli, ne peut qu’enrichir ma propre vie.
Pour les disciples du Seigneur Jésus, la relation fraternelle n’est pas à penser en vue d’un bien-être émotif, mais à réfléchir et choisir chaque jour comme un service prophétique : « O fils de l’homme, je t’ai mis comme une sentinelle pour la maison d’Israël. Quand tu entendras une parole de ma bouche, tu devras les avertir de ma part » (Ez 33, 7). C’est la capacité adulte d’être à l’écoute de Dieu, qui nous habilite à risquer la parole dans la relation avec le frère dont la qualité et la vérité se trouvent justement dans le fait que, pendant que l’on avertit et conseille , on le fait toujours par une attitude d’écoute et dans un attachement démuni et disponible. En fait, aller vers l’autre signifie toujours s’exposer à l’autre. C’est cela qui rend présent la logique du Règne de Dieu de telle façon que « Si deux d’entre vous se mettent d’accord sur la terre, pour demander quoi que ce soit, mon Père qui est dans les cieux le leur accordera » (Mt 18, 19).






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